BruLau 2026>

Grandes Conférences

1. Actualité de la réaction. Genre et recul democratique

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Campagnesanti-genre,antiwokisme, illibéralisme…ces phénomènes politiques interrogent tous les rapports de genre. Ils déplorent non seulement un certain nombre de transformations sociales et entendent combattre différents types de droits : femmes, personnes LGBTQI+, minorités racisées, etc. Souvent, ils utilisent aussi le genre comme un langage dans lequel exprimer les désirs d’un monde plus autoritaire et plus inégalitaire et s’en servent comme d’un outil pour affaiblir les fondements de la démocratie. Cette session examinera le rôle du genre comme pivot des régressions démocratiques contemporaines.  
 
David Paternotte, sociologie, Université Libre de Bruxelles

De "on veut du sexe" à "ne soyez pas woke!": les métamorphoses des campagnes anti-genre. 

David Paternotte proposera un cadrage général des mobilisations anti-genre et de leurs recompositions contemporaines. Son intervention reviendra sur la manière dont ces mouvements circulent à l’échelle transnationale, se réarticulent aujourd’hui à l’antiwokisme et contribuent à construire le genre comme symbole d’un ordre social, moral et politique à combattre. Elle permettra ainsi d’interroger les continuités entre campagnes anti-genre, critiques des savoirs féministes et LGBTQI+, et offensives plus larges contre les principes démocratiques.

Ionela Băluță, science politique, Université de Bucarest

Democratic washing et politiques anti-genre : circulations discursives dans la campagne roumaine de 2024

Ionela Băluță analysera l’usage du genre dans la campagne électorale roumaine de 2024, en montrant comment les discours anti-genre participent aux dynamiques de dé-démocratisation. À partir des programmes électoraux et du cas de l’extrême droite roumaine, elle examinera la diffusion de ces cadrages dans l’ensemble du champ politique, entre stratégie de respectabilisation des acteurs radicaux, « democratic washing » et effets de contamination des partis mainstream. L’appropriation et la redéfinition du vocabulaire et des thèmes des droits de l’homme / des droits des femmes soulèvent de nouveaux défis, risquant de remplacer les  principes et normes démocratiques par des contenus conservateurs / régressifs . Le cas roumain permettra ainsi de saisir comment le genre devient un opérateur central de polarisation politique et de fragilisation démocratique. 

Gustavo Gomes Da Costa Santos, science politiques, Université de Pernambouc 
 "Le Brésil comme laboratoire autoritaire : politiques anti-genre, reculs institutionnels et résistances sous Bolsonaro (2019-2022)"

Gustavo Gomes da Costa déplacera la réflexion vers le Brésil de Bolsonaro, envisagé comme un laboratoire autoritaire des politiques anti-genre. Son intervention montrera comment une rhétorique hostile aux droits des femmes et des personnes LGBTQI+ a été convertie en action gouvernementale, notamment dans les domaines de l’éducation, des droits humains, de la famille et de la politique étrangère. Elle permettra également d’aborder les formes de résistance institutionnelle, judiciaire et militante face à ces reculs, en particulier du côté des mouvements LGBTQI+.

 

2. Genre, migration et travail reproductif en Europe

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La question du care,pierre angulairedes études féministes,a profondément renouvelé l’analyse des migrations en mettant en lumière les liens entre sphère intime et logiques de la mondialisation. Cette dynamique se révèle particulièrement féconde lorsque l’on prend en compte l’articulation entre genre, race et classe dans la division du travail reproductif. Les femmes migrantes occupent souvent une place centrale dans les économies du care, tout en étant au cœur de discours publics qui oscillent entre valorisation et stigmatisation. Ce panel rassemblera des chercheuses dont les travaux interrogent ces tensions : comment les politiques migratoires et les rhétoriques nationalistes mobilisent les droits des femmes pour exclure ou hiérarchiser les populations migrantes ; comment le travail émotionnel et domestique se trouve racialisé et redéfini dans les contextes post-socialistes ; et comment les parcours des travailleuses migrantes révèlent de nouvelles formes d’inégalités et de dépendances transnationales. À travers ces perspectives, la séance proposera une lecture critique des reconfigurations du care et de la reproduction sociale dans l’Europe contemporaine, avec une attention particulière portée aux sociétés d’Europe centrale et orientale.

Asuncion Fresnoza-Flot, anthropologie, Laboratoire d’anthropologie des mondes contemporains (LAMC), ULB

Le travail domestique comme don, contre-don et sacrifice : le cas des couples belgophilippins/thaïlandais dans une économie morale genrée de réciprocité

Dans un contexte conjugal hétérosexuel, le contrat moral qui lie les partenaires peut inciter la femme au sein du couple à prendre en charge le travail domestique non rémunéré, et l’accomplissement de ce travail peut dépendre de sa position sociale et revêtir des significations symboliques. Afin de saisir ces dernières, la présente intervention examinera l’économie morale genrée dans laquelle un cycle d’échanges de dons et de contre-dons se déroule entre les partenaires dans des couples dits « mixtes » (dont les partenaires possèdent des nationalités et/ou des origines ethniques différentes). Les données d’une étude qualitative menée de 2012 à 2015 auprès de couples belgo-philippins et belgo-thaïlandais en Belgique révèle que la répartition des tâches domestiques au sein de ces couples s’inscrit dans un contrat moral de réciprocité qui soustend leurs relations. Dans leur cycle d’échanges, les partenaires interviewés ont présenté le travail domestique comme un don, un contre-don et/ou un sacrifice. Leurs nationalités, leurs situations économiques, leurs genres, leurs âges et leurs états de santé influencent qui donne, qui reçoit et qui y répond sous quelle forme. Les femmes migrantes remplissent une obligation explicite ou implicite d’offrir un (contre-)don sous la forme de travail domestique, ce qui alimente les inégalités de genre au sein de leur couple.

Chiara Giordano, sociologie, Group for Research on Ethnic Relations, Migration & Equality (GERME), Université Libre de Bruxelles, STRIGES

Femmes migrantes et production structurelle du travail de care non déclaré en Europe

Cette conférence propose d’analyser le travail de care non déclaré à partir d’une perspective féministe et intersectionnelle, en se centrant sur les femmes migrantes qui prennent en charge des personnes âgées en Belgique. Elle défend l’idée que le travail non déclaré ne peut être réduit à une simple question économique ou juridique, mais qu’il constitue un phénomène structurel, inscrit dans des rapports sociaux de genre, de classe et de migration. S’appuyant sur une enquête empirique combinant données quantitatives, entretiens qualitatifs et observations de terrain, la présentation montre que le recours à l’informalité n’est ni marginal ni exceptionnel, mais qu’il est constitutif des régimes contemporains du care. Elle met en évidence comment la demande de services flexibles, accessibles et continus, conjuguée aux limites des dispositifs publics, produit une dépendance structurelle au travail des femmes migrantes, souvent en situation précaire ou irrégulière. La conférence explore également les frontières poreuses entre travail formel et informel, les processus de normalisation sociale et morale du travail non déclaré, ainsi que les interactions entre travailleuses, familles et institutions. Une attention particulière est portée aux manières de nommer – ou de ne pas nommer – l’informalité, révélatrices des rapports de pouvoir qui traversent ce secteur. En replaçant les expériences des femmes migrantes au centre de l’analyse, cette conférence met en lumière à la fois les formes de vulnérabilité et les stratégies qu’elles développent face à des contraintes structurelles, et invite ainsi à penser le travail de care non déclaré non comme une anomalie, mais comme un espace privilégié de production et de reproduction des inégalités contemporaines de genre, de migration et de classe en Europe.

Anna Safuta, sociologie, University College Cork (Ireland)

Fatigue révolutionnaire : Une lecture décoloniale de la domesticité pour en comprendre la résilience 

À l’échelle globale, le travail domestique rémunéré est passé d’une occupation dite prémoderne en voie d’extinction à un business transnational en pleine expansion. Les sociétés capitalistes ont tout autant besoin du travail domestique non-rémunéré assuré par les femmes autochtones, comme démontré jadis par les féministes matérialistes, que du travail reproductif sous-payé des travailleuses migrantes transnationales. La pandémie a confirmé le bien-fondé de cette affirmation, mais les pouvoirs publics avaient déjà reconnu l’importance de ce travail bien avant l’arrivée du Covid, en adoptant une série de mesures, comme les titres-services en Belgique ou le CESU en France, formalisant ce qui était précédemment du travail au noir. L'Allemagne fait ici exception : malgré sa tradition légaliste, elle résiste à cette vague formalisatrice. Mon intervention propose une lecture féministe décoloniale de la domesticité, afin de comprendre ce qui la rend si résiliente et omniprésente. Partant d’une comparaison entre les cas belge et allemand, je démontre que l’approche régulatrice belge et le laissez-faire allemand sont autant dus à des facteurs contemporains qu’aux héritages coloniaux respectifs.

3. Solidarités féministes transnationalesaffiche_brulau_soli.png

Cette conférence interroge les circulations de savoirs et de luttes entre Europe, Afrique et Amériques. L’accent sera mis sur l’importance cruciale des épistémologies noires, indigènes et décoloniales, et sur le dialogue nécessaire entre ces perspectives pour analyser les perspectives d’action et de recherche féministes transnationales. Croisant histoire, sociologie et études de genre, cette session vise à dresser un panorama des réseaux de solidarité féministe, historiques et contemporains, pour offrir un état des lieux critique des alliances féministes au-delà des frontières linguistiques, nationales et ethnoraciales, et interroger leurs possibilités et leurs conditions mêmes de possibilité. 

Éléonore Lépinard, sociologie, Centre en Etudes Genre (CEG), Université de Lausanne

Qu’est-ce qui constitue une communauté politique féministe ? Sur quelle conception du sujet féministe peut-elle reposer ? Et quelles pratiques féministes pourraient la faire advenir ? Ces questions ne sont pas nouvelles et ont animé les critiques et les théorisations féministes dont nous héritons aujourd’hui. L’intersectionnalité repose aujourd’hui ces questions à nouveaux frais, nous enjoignant à réfléchir aux conditions de possibilité d’un sujet féministe commun et à sa désirabilité. Mais avons-nous les bons mots et les bons concepts pour le faire ? 

Danielle Coenga-Oliveira, science politique, Université de Montréal

Traductions épistémiques comme des alliances translocales : Les contributions des féministes Noires brésiliennes 

Dans un exercice « escrevivência » (écrit-vie), qui exalte les écrits et les actions des femmes noires et racialisées (Evaristo, 2020), cette présentation cherche à construire des ponts théorico-politiques translocaux avec les contextes francophones à partir de la traduction d’épistémologies féministes décoloniales et anticoloniales issues de l’Amérique latine. Pour le faire, elle s’appuie sur les pensées décoloniales latino-américaines et sur les contributions des féministes afro-brésiliennes, principalement de Beatriz Nascimento, Lélia Gonzalez, Sueli Carneiro et Conceição Evaristo. Ce travail met en évidence la richesse et l’originalité de leurs apports aux théories féministes et décoloniales, en particulier pour penser le contexte nord-américain et européen. Il met notamment l’accent sur l’aspect novateur de concepts tels que l’« améfricanité », la « démocratie raciale », le « racisme par dénégation », l’« épistémicide », ainsi que l’« écrit-vie » et le « mot-action ». Il s’agit, dans un premier temps, de discuter des propositions théoriques de ces autrices et, dans un deuxième temps, de présenter leurs contributions au développement de solidarités féministes. Je conclus en proposant le dialogue théorico-politique entre les féministes des Suds et des Nords comme un chemin pour construire des alliances translocales, pour rompre les barrières que les différences linguistiques et culturelles imposent, et pour apprendre à exister et à résister dans le monde de violences antiféministes.  

Sarah Demart, sociologie, Université Libre de Bruxelles

Le féminisme par le bas: l'afroféminisme et la tarification de l’expertise militante.
En Belgique francophone, la sortie en 2017 du film d’Amandine Gay « Ouvrir la voix » a été un moment important de structuration de l’antiracisme afrodescendant autour des mouvements féministes et intersectionnels. Cette intervention reviendra sur la venue à visibilité de l'afroféminisme en Belgique francophone durant la seconde moitié des années 2010 et sur les transformations épistémiques et matérielles majeures qui s’en sont suivies. Je partirai de la repolitisation de l’argent qui s’est donnée à voir dans l’ordinaire des interactions militantes avec diverses institutions, et discuterai ensuite de l’importance de prendre en compte les niveaux tout à la fois micro, méso et macrosociaux des luttes antiracistes et féministes.

 

4. Genre, race et sexualité dans les jeux vidéo

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Bien que leurs racines plongent dans les media studies des années 1990, ce n’est qu’au cours des quinze dernières années – et plus particulièrement depuis 2010 – que les jeux vidéo se sont imposés comme objets d’analyse légitimes. D’abord explorés séparément selon les angles du genre, de la race ou de la sexualité, ils sont désormais appréhendés par des approches intersectionnelles et postcoloniales qui les imbriquent, formant un champ d’étude autonome. Ce « tournant numérique » en études de genre redéfinit les notions d’espace, d’intimité et de corps à l’heure des avatars, de la réalité virtuelle et augmentée, tout en soulevant des enjeux méthodologiques, éthiques et politiques inédits. Cette conférence rassemblera des chercheur·ses dont les travaux examinent la fabrique imbriquée des normes de genre, de race et de sexualité, et la manière dont les identités se construisent et se transforment dans ces environnements numériques, tant au prisme des pratiques discursives que des dynamiques de pouvoir.

Marion Coville, Médias et communication, Université de Poitiers

À partir d'un retour réflexif sur plus d'une décennie de recherches croisant études de genre, game studies et queer STS, cette communication retrace l'évolution d'un parcours de recherche allant de l'analyse des représentations féminines dans les jeux vidéo à la construction d'un cadre conceptuel centré sur le maintien et le renforcement de l'ordre hétérosexuel dans les espaces ludiques. En s'appuyant sur trois terrains principaux — le traitement médiatique du genre dans les jeux vidéo, l'étude d'une exposition de jeu vidéo, et l'organisation d'un atelier dédié aux jeux queers — la communication montre comment les épistémologies féministes et les queer STS peuvent à la fois affiner l'analyse des dispositifs techniques et ludiques et se traduire en outils d'action et d'organisation collective. Dans un contexte marqué par le Gamer Gate et les paniques morales anti-woke et anti-trans, il s'agit aussi d'identifier des réseaux de soutien et de réfléchir aux conditions de possibilité d'espaces de résistance pour les chercheur·euses queers.

Fanny Lignon, Sciences de l’information et de la communication, Université de Lyon 

Cette conférence interrogera la question du genre dans les jeux vidéo à partir de la structure très particulière des personnages joueurs. Après un état des lieux des représentations genrées, la question de leurs effets sur les joueureuses sera posée, à travers les apports de la psychologie sociale et des théories de la réception. Les jeux vidéo seront ensuite envisagés en tant qu'espaces d’expérimentation identitaire, capables d’engager l’intime et, dans certains contextes, de favoriser l’acceptation et l’affirmation de soi

Andrei Nae, littératures anglophones, Université de Bucarest

La bonne façon de jouer : le moteur de jeu comme panoptique : Dans son œuvre tardive, Michel Foucault suggère que l'Âge Classique, ou la Modernité, est en train d'être remplacé par un nouvel Âge où les mécanismes de discipliner et de construire le sujet fonctionneraient différemment. Si nous regardons les jeux vidéo comme des dispositifs représentatifs de la postmodernité, cela voudrait dire que le nouvel Âge n'est pas moins mais plus disciplinaire que l'Âge Classique. Selon Foucault, l'espace des institutions modernes suit le modèle du panoptique où, idéalement, l'agent du pouvoir est invisible pendant que les sujets du pouvoir sont visibles. La technologie qui existait avant la révolution numérique ne permettait pas l'implémentation d'un panoptique parfait, mais l'époque postmoderne et ses innovations, au lieu de libérer le sujet de la discipline, ne font qu'augmenter la puissance des institutions à discipliner le sujet. Les jeux vidéo sont des produits de divertissement qui promettent l'escapisme, mais introduisent le·la joueur·euse dans un monde virtuel disciplinaire par excellence où le moteur du jeu bénéficie de l'invisibilité alors que le·la joueur·euse est totalement visible. En établissant les moyens d'action du·de la joueur·euse, les règles de participation et de victoire, le moteur transforme le·la joueur·euse en un corps docile dont l'agence est a priori déterminée par les idéologies intégrées dans l'architecture du jeu. Parce que l'agence du·de la joueur·euse est souvent intermédiée par un·e protagoniste, le moteur de jeu devient un dispositif qui renforce une bonne façon de jouer qui discipline le·la joueur·euse à ontologiser l'identité culturelle du·de la protagoniste dans les limites idéologiques imposées par le moteur.

 

 

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