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Grandes Conférences1. Actualité de la réaction. Genre et recul democratique![]() Campagnesanti-genre,antiwokisme, illibéralisme…ces phénomènes politiques interrogent tous les rapports de genre. Ils déplorent non seulement un certain nombre de transformations sociales et entendent combattre différents types de droits : femmes, personnes LGBTQI+, minorités racisées, etc. Souvent, ils utilisent aussi le genre comme un langage dans lequel exprimer les désirs d’un monde plus autoritaire et plus inégalitaire et s’en servent comme d’un outil pour affaiblir les fondements de la démocratie. Cette session examinera le rôle du genre comme pivot des régressions démocratiques contemporaines.
David Paternotte, sociologie, Université Libre de Bruxelles
De "on veut du sexe" à "ne soyez pas woke!": les métamorphoses des campagnes anti-genre. David Paternotte proposera un cadrage général des mobilisations anti-genre et de leurs recompositions contemporaines. Son intervention reviendra sur la manière dont ces mouvements circulent à l’échelle transnationale, se réarticulent aujourd’hui à l’antiwokisme et contribuent à construire le genre comme symbole d’un ordre social, moral et politique à combattre. Elle permettra ainsi d’interroger les continuités entre campagnes anti-genre, critiques des savoirs féministes et LGBTQI+, et offensives plus larges contre les principes démocratiques. Democratic washing et politiques anti-genre : circulations discursives dans la campagne roumaine de 2024 Ionela Băluță analysera l’usage du genre dans la campagne électorale roumaine de 2024, en montrant comment les discours anti-genre participent aux dynamiques de dé-démocratisation. À partir des programmes électoraux et du cas de l’extrême droite roumaine, elle examinera la diffusion de ces cadrages dans l’ensemble du champ politique, entre stratégie de respectabilisation des acteurs radicaux, « democratic washing » et effets de contamination des partis mainstream. L’appropriation et la redéfinition du vocabulaire et des thèmes des droits de l’homme / des droits des femmes soulèvent de nouveaux défis, risquant de remplacer les principes et normes démocratiques par des contenus conservateurs / régressifs . Le cas roumain permettra ainsi de saisir comment le genre devient un opérateur central de polarisation politique et de fragilisation démocratique. Gustavo Gomes Da Costa Santos, science politiques, Université de Pernambouc
"Le Brésil comme laboratoire autoritaire : politiques anti-genre, reculs institutionnels et résistances sous Bolsonaro (2019-2022)"
Gustavo Gomes da Costa déplacera la réflexion vers le Brésil de Bolsonaro, envisagé comme un laboratoire autoritaire des politiques anti-genre. Son intervention montrera comment une rhétorique hostile aux droits des femmes et des personnes LGBTQI+ a été convertie en action gouvernementale, notamment dans les domaines de l’éducation, des droits humains, de la famille et de la politique étrangère. Elle permettra également d’aborder les formes de résistance institutionnelle, judiciaire et militante face à ces reculs, en particulier du côté des mouvements LGBTQI+. 2. Genre, migration et travail reproductif en Europe La question du care,pierre angulairedes études féministes,a profondément renouvelé l’analyse des migrations en mettant en lumière les liens entre sphère intime et logiques de la mondialisation. Cette dynamique se révèle particulièrement féconde lorsque l’on prend en compte l’articulation entre genre, race et classe dans la division du travail reproductif. Les femmes migrantes occupent souvent une place centrale dans les économies du care, tout en étant au cœur de discours publics qui oscillent entre valorisation et stigmatisation. Ce panel rassemblera des chercheuses dont les travaux interrogent ces tensions : comment les politiques migratoires et les rhétoriques nationalistes mobilisent les droits des femmes pour exclure ou hiérarchiser les populations migrantes ; comment le travail émotionnel et domestique se trouve racialisé et redéfini dans les contextes post-socialistes ; et comment les parcours des travailleuses migrantes révèlent de nouvelles formes d’inégalités et de dépendances transnationales. À travers ces perspectives, la séance proposera une lecture critique des reconfigurations du care et de la reproduction sociale dans l’Europe contemporaine, avec une attention particulière portée aux sociétés d’Europe centrale et orientale. Asuncion Fresnoza-Flot, anthropologie, Laboratoire d’anthropologie des mondes contemporains (LAMC), ULB Le travail domestique comme don, contre-don et sacrifice : le cas des couples belgophilippins/thaïlandais dans une économie morale genrée de réciprocité Dans un contexte conjugal hétérosexuel, le contrat moral qui lie les partenaires peut inciter la femme au sein du couple à prendre en charge le travail domestique non rémunéré, et l’accomplissement de ce travail peut dépendre de sa position sociale et revêtir des significations symboliques. Afin de saisir ces dernières, la présente intervention examinera l’économie morale genrée dans laquelle un cycle d’échanges de dons et de contre-dons se déroule entre les partenaires dans des couples dits « mixtes » (dont les partenaires possèdent des nationalités et/ou des origines ethniques différentes). Les données d’une étude qualitative menée de 2012 à 2015 auprès de couples belgo-philippins et belgo-thaïlandais en Belgique révèle que la répartition des tâches domestiques au sein de ces couples s’inscrit dans un contrat moral de réciprocité qui soustend leurs relations. Dans leur cycle d’échanges, les partenaires interviewés ont présenté le travail domestique comme un don, un contre-don et/ou un sacrifice. Leurs nationalités, leurs situations économiques, leurs genres, leurs âges et leurs états de santé influencent qui donne, qui reçoit et qui y répond sous quelle forme. Les femmes migrantes remplissent une obligation explicite ou implicite d’offrir un (contre-)don sous la forme de travail domestique, ce qui alimente les inégalités de genre au sein de leur couple. Chiara Giordano, sociologie, Group for Research on Ethnic Relations, Migration & Equality (GERME), Université Libre de Bruxelles, STRIGES Femmes migrantes et production structurelle du travail de care non déclaré en Europe Cette conférence propose d’analyser le travail de care non déclaré à partir d’une perspective féministe et intersectionnelle, en se centrant sur les femmes migrantes qui prennent en charge des personnes âgées en Belgique. Elle défend l’idée que le travail non déclaré ne peut être réduit à une simple question économique ou juridique, mais qu’il constitue un phénomène structurel, inscrit dans des rapports sociaux de genre, de classe et de migration. S’appuyant sur une enquête empirique combinant données quantitatives, entretiens qualitatifs et observations de terrain, la présentation montre que le recours à l’informalité n’est ni marginal ni exceptionnel, mais qu’il est constitutif des régimes contemporains du care. Elle met en évidence comment la demande de services flexibles, accessibles et continus, conjuguée aux limites des dispositifs publics, produit une dépendance structurelle au travail des femmes migrantes, souvent en situation précaire ou irrégulière. La conférence explore également les frontières poreuses entre travail formel et informel, les processus de normalisation sociale et morale du travail non déclaré, ainsi que les interactions entre travailleuses, familles et institutions. Une attention particulière est portée aux manières de nommer – ou de ne pas nommer – l’informalité, révélatrices des rapports de pouvoir qui traversent ce secteur. En replaçant les expériences des femmes migrantes au centre de l’analyse, cette conférence met en lumière à la fois les formes de vulnérabilité et les stratégies qu’elles développent face à des contraintes structurelles, et invite ainsi à penser le travail de care non déclaré non comme une anomalie, mais comme un espace privilégié de production et de reproduction des inégalités contemporaines de genre, de migration et de classe en Europe. Anna Safuta, sociologie, University College Cork (Ireland) Fatigue révolutionnaire : Une lecture décoloniale de la domesticité pour en comprendre la résilience À l’échelle globale, le travail domestique rémunéré est passé d’une occupation dite prémoderne en voie d’extinction à un business transnational en pleine expansion. Les sociétés capitalistes ont tout autant besoin du travail domestique non-rémunéré assuré par les femmes autochtones, comme démontré jadis par les féministes matérialistes, que du travail reproductif sous-payé des travailleuses migrantes transnationales. La pandémie a confirmé le bien-fondé de cette affirmation, mais les pouvoirs publics avaient déjà reconnu l’importance de ce travail bien avant l’arrivée du Covid, en adoptant une série de mesures, comme les titres-services en Belgique ou le CESU en France, formalisant ce qui était précédemment du travail au noir. L'Allemagne fait ici exception : malgré sa tradition légaliste, elle résiste à cette vague formalisatrice. Mon intervention propose une lecture féministe décoloniale de la domesticité, afin de comprendre ce qui la rend si résiliente et omniprésente. Partant d’une comparaison entre les cas belge et allemand, je démontre que l’approche régulatrice belge et le laissez-faire allemand sont autant dus à des facteurs contemporains qu’aux héritages coloniaux respectifs. 3. Solidarités féministes transnationales
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